L'Univers en relief et en couleurs

Avec le télescope spatial Hubble, l'astronomie moderne a changé d'époque. Elle a sans doute connu l'une de ses grandes révolutions. La première de ces révolutions avait eu lieu quatre cents ans plus tôt, en 1610, lorsque Galilée, en utilisant un autre instrument de pointe pour explorer le ciel (sa modeste lunette), avait découvert l'agencement du Système solaire. Une autre s'est jouée à la fin des années 1920, quand l'Américain Edwin Hubble a découvert, grâce au télescope de 2,5 m du mont Wilson, en Californie, la vraie nature des galaxies et surtout, l'expansion de l'Univers.
Sur le plan scientifique, les progrès permis par le télescope spatial ne constituent certainement pas des ruptures aussi importantes. Bien sûr, les clichés à la fois détaillés et profonds acquis depuis l'orbite au cours de ces vingt années de surveillance cosmique ont révélé bien des phénomènes astrophysiques. Des collisions dans le Système solaire, à l'aspect des galaxies les plus lointaines, sans oublier les secrets de la naissance des étoiles, les pages de ce hors-série ne manquent pas de le rappeler. Mais la véritable révolution de Hubble se situe surtout sur un autre plan : celui de l'image.
Conçu dans les années 1970, en pleine ère de la photo argentique, l'instrument, en partie grâce à ses retards, a été équipé de capteurs électroniques. Puis, rapidement, de CCD. Situé dans le meilleur des sites - le vide spatial -, Hubble a été le premier à montrer l'Univers en relief et en couleurs. En quelques années, au rythme de ses images, le brouillard qui ternissait toutes les images des corps célestes s'est entièrement dissipé. L'Univers est devenu net, transparent et haut en couleur. Au point que le grand public l'a vraiment vu pour la première fois et que les astronomes ne l'ont plus vu de la même manière. C'est cela, la révolution Hubble.

Philippe Henarejos
Rédacteur en chef